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Pourquoi n’a-t-on pas le droit aux bâtons sur la Diagonale des Fous ?

Sur la Diagonale des Fous, tout bâton est interdit sous peine de pénalité. Ce que dit le règlement, pourquoi, le débat, et comment s’entraîner pour courir 180 km sans.

Par Jérémy V. 4 min de lecture
Bâtons de trail, interdits sur la Diagonale des Fous

C’est souvent la première surprise des coureurs qui découvrent la Diagonale des Fous : ici, pas de bâtons. Pas de paire pliée dans le carquois pour les grandes montées, pas de « joker » pour le dernier tiers. Sur 180 km et 10 200 m de dénivelé positif, il faudra tout faire avec ses jambes et ses bras. Voici ce que dit vraiment le règlement, les raisons avancées, le débat que la règle suscite, et surtout comment s’y préparer.

À retenir : tout usage d’un bâton, de quelque type que ce soit, est interdit sur la Diagonale des Fous. Dans le règlement officiel détaillé, l’infraction vaut une heure de pénalité, à laquelle s’ajoute une sanction du Parc national de La Réunion. La règle ne se discute pas le jour J : elle se prépare à l’entraînement.

La règle, noir sur blanc

L’interdiction figure dans l’article consacré au matériel obligatoire. Dans le texte 2026, la formule est sans appel : « Tout usage d’un bâton, de quelque type que ce soit est formellement interdit sous peine de sanctions. » La formule « de quelque type que ce soit » ne laisse aucune place à l’interprétation : bâton de trail ou de marche, pliant ou non, c’est non.

La sanction est détaillée dans l’article suivant, celui des pénalités. Dans la version du règlement officiel que nous avons pu consulter, l’usage d’un bâton est puni d’une heure de pénalité, en plus de la sanction du Parc national de La Réunion. Ce document est la version anglaise de 2019. Le texte 2026 parle seulement de « sanctions », sans en redonner le détail : en cas de doute, c’est le règlement de l’année qui fait foi.

Une heure, sur une course dont l’arrivée ferme 66 heures après le départ, ce n’est pas rien pour un coureur qui joue avec les barrières horaires. Et le matériel est contrôlé dès le départ.

Mafate n’a pas de route

Les raisons de l’interdiction ne sont pas écrites dans le règlement. Celles que l’on retrouve dans la presse spécialisée, notamment chez Reference Trail et Dans le pentu, tiennent d’abord au terrain.

Une grande partie du parcours traverse le cœur du Parc national de La Réunion, dont les pitons, cirques et remparts sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans le cirque de Mafate, que la Diagonale 2026 traverse de La Plaque à Roche Plate en passant par Ilet à Bourse et Grand Place, il n’y a pas de route : les sentiers sont les seules voies d’accès terrestres, pour les habitants comme pour les randonneurs. Des milliers de pointes métalliques qui frappent les mêmes passages en quelques heures, sur des sols fragiles, c’est de l’érosion assurée pour des chemins qui doivent servir toute l’année.

3 000 frontales dans une file indienne

Le second argument est la sécurité. La Diagonale accueille jusqu’à 3 000 coureurs, qui partent tous ensemble à 22 heures de Saint-Pierre. Les premières heures se courent en file, de nuit, sur des sentiers où l’on ne double qu’en se frôlant. Un bâton manié dans cette densité, c’est une pointe dans le tibia du voisin, une chute provoquée dans une marche de basalte ou une pierre délogée sur ceux qui suivent.

Le relief n’arrange rien. Sur le tracé 2026, le seul tronçon entre la Brèche et Ti Col Maïdo affiche 824 m de dénivelé positif en 3,5 km, et la montée vers la Plaine des Merles en compte 859 en 5,9 km. Ces passages se négocient souvent avec les mains sur les rochers ou sur les cuisses. Ajoutez la fatigue de la deuxième nuit et la lucidité qui baisse : un équipement de plus à manier devient un risque de plus.

Une règle qui ne fait pas l’unanimité

Tout le monde n’est pas convaincu. En octobre 2025, u-Trail estimait que l’interdiction tenait davantage de la posture que de l’écologie, en rapportant son effet aux émissions des vols vers La Réunion, qu’il juge sans commune mesure. Reference Trail relevait de son côté qu’aucune étude scientifique indépendante n’a jamais été publiée pour mesurer l’impact réel des bâtons sur ces sentiers. Et d’autres grands ultras, l’UTMB en tête, les autorisent.

Le débat existe, mais il ne change rien pour cette édition : la règle est là, et elle fait aussi partie de l’identité de la Diag. On y court « à l’ancienne », et c’est une partie du défi.

Courir sans bâtons, ça s’apprend

Le vrai danger, c’est de découvrir la course sans bâtons le jour du départ. Si vous vous entraînez toute l’année avec, vos quadriceps et votre équilibre auront perdu l’habitude de travailler seuls. Quelques principes, que nous détaillons dans notre page Avec ou sans bâton ? :

  • Rangez les bâtons des mois avant : sorties longues, randonnées et séances de côtes, tout se fait sans.
  • Travaillez la montée mains sur les cuisses : c’est la position que vous tiendrez dans les grands raidillons, autant l’apprivoiser à l’entraînement.
  • Multipliez les descentes techniques : sans appui extérieur, ce sont les cuisses et les chevilles qui encaissent. Les escaliers sont un bon terrain de jeu.
  • Gagnez en gainage et en proprioception : un tronc solide et des chevilles réactives remplacent une partie de la stabilité qu’apportaient les bâtons.
  • Allégez votre sac : pas de bâtons, pas de carquois. Profitez de la place pour soigner votre matériel obligatoire.

Pour un plan sur plusieurs semaines, les conseils d’Antoine Guillon, vainqueur en 2015 et habitué de la course, restent une référence, tout comme notre page entraînement.

Et pendant la course ?

Si vous croisez un coureur avec des bâtons, ce n’est pas à vous de faire la police : les signaleurs et les responsables de postes sont là pour ça. Concentrez-vous sur votre course, vos pointages et vos barrières horaires. Et pour suivre l’édition 2026 en direct, du départ à La Redoute, rendez-vous sur notre live de la Diagonale des Fous.