Combien de litres d’eau emporter pour une journée de marche dans les cirques ?
Combien d’eau emporter dans les cirques de La Réunion ? Litres par heure, chaleur, dénivelé, où remplir à Mafate et pourquoi l’eau des ravines se traite.
Six heures de marche, un rempart à descendre, un autre à remonter, et une question qui revient au moment de boucler le sac : combien de gourdes ? Voici une méthode simple pour faire le calcul avant de partir, savoir où remplir en route et comprendre pourquoi l’eau qui coule le long du sentier ne se boit pas comme ça.
À retenir : partez d’environ un demi-litre par heure de marche, le repère donné par Parcs Canada, puis montez quand il fait chaud et que le sentier grimpe. Pour une sortie de plusieurs heures, la FFRandonnée fixe un minimum de 1,5 litre. À Mafate, le Parc national rappelle que l’eau consommée dans le cirque est de l’eau brute, sans traitement de potabilisation : on traite ce que l’on remplit, et on ne boit jamais l’eau d’une ravine ou d’un bassin telle quelle.
Le premier chiffre, c’est la durée
Dans les cirques, le bon point de départ n’est pas la distance mais le temps de marche. Il est affiché sur les balises à l’entrée des sentiers, qui signalent aussi les principaux risques de l’itinéraire, comme le rappelle Île de la Réunion Tourisme.
Ensuite, on multiplie. Parcs Canada conseille de prévoir environ un demi-litre d’eau par heure et de ne pas attendre d’avoir soif. Une journée de six heures donne donc une base de trois litres. La Fédération française de randonnée donne un ordre de grandeur voisin : pour trois heures de marche en plaine, elle chiffre le besoin lié à l’effort à 1,25 litre, et elle recommande au minimum 1,5 litre de liquides pour une randonnée de plusieurs heures. Elle conseille de boire quelques gorgées toutes les demi-heures.
Le dénivelé fait grimper la note
Ce demi-litre est une base, pas un plafond. Le chiffre de la FFRandonnée concerne la plaine, et les sentiers réunionnais n’en ont pas grand-chose : Île de la Réunion Tourisme les décrit comme difficiles dans l’ensemble, avec un relief très marqué, des marches, des échelles, le tout sous un climat tropical. La fiche santé de l’UFOLEP sur l’hydratation du sportif rappelle que les pertes d’eau peuvent varier en moyenne entre 0,5 et 2,5 litres par heure. Sur une grosse montée en plein soleil, partez du principe que vous serez plus près du haut de la fourchette que du bas.
Chaleur des bas, fraîcheur des hauts
L’heure compte autant que le profil. Île de la Réunion Tourisme prévient qu’en altitude, au Piton des Neiges ou au Grand Bénare par exemple, on peut connaître dans la même journée une forte chaleur et un froid intense. Les nuages peuvent recouvrir les sommets dès 11 heures : partir tôt permet à la fois de profiter des paysages et de faire les montées avant le plus chaud. La FFRandonnée conseille d’ailleurs d’éviter les heures les plus chaudes.
À l’inverse, l’UFOLEP note que le froid n’incite pas à boire : gardez le rythme des petites gorgées, même quand vous avez remis la polaire.

Repérer à l’avance où remplir
La FFRandonnée juge que porter cinq litres pour une journée d’été est lourd, d’où l’intérêt de se réapprovisionner en chemin. Encore faut-il savoir où.
Mafate n’est accessible qu’à pied ou en hélicoptère. Les gîtes sont répartis dans les îlets, à Grand Place, Aurère, Marla, Roche Plate ou La Nouvelle, et Île de la Réunion Tourisme invite les randonneurs à faire leurs achats dans les épiceries sur place. Le Parc national de La Réunion compte environ 70 gîtes dans le cirque, pour près de 1 300 lits, et précise que 90 % de la nourriture des gîtes arrive par hélicoptère. Les gîtes se réservent à l’avance pour le coucher et les repas : profitez de la réservation pour demander si vous pourrez remplir vos gourdes, et ne bâtissez pas votre journée sur une épicerie dont vous ne connaissez pas les horaires.
Surtout, gardez en tête ce que dit le carnet de voyage du Parc national consacré à Mafate : en l’absence d’un service public de gestion de l’eau potable, les habitants s’organisent eux-mêmes pour acheminer l’eau, et le cirque « boit, sert et utilise de l’eau brute, sans traitement de potabilisation ». L’eau y est décrite comme « une denrée rare et coûteuse ». On la demande sans la gaspiller, et on la traite avant de la boire.
Consultez aussi le site de l’ONF, qui donne l’état des sentiers qu’il gère : un sentier fermé peut vous priver du point d’eau prévu.
Pourquoi l’eau des ravines ne se boit pas sans traitement
Le risque le plus connu à La Réunion porte un nom : la leptospirose. L’ARS La Réunion la décrit comme une maladie grave, transmise de l’animal à l’homme par une bactérie. Elle se transmet par contact avec de l’eau douce ou des milieux humides contaminés par l’urine d’animaux infectés, et la bactérie pénètre principalement par une coupure, même petite, ou par les muqueuses. Elle est endémique sur l’île, avec une recrudescence pendant l’été austral. Santé publique France ajoute que le risque est le plus élevé pendant la saison des pluies et qu’il augmente encore après un cyclone.
Une eau claire n’est donc pas une eau potable. Les bons réflexes, tirés des conseils de l’ARS, de Santé publique France, de la FFRandonnée et d’Île de la Réunion Tourisme :
- éviter les activités en eau douce trouble, stagnante ou boueuse, notamment après de fortes pluies ;
- ne pas se baigner dans les eaux stagnantes ;
- protéger toute plaie par un pansement étanche, puis la laver et la désinfecter ;
- pour l’eau de ruisseau, ajouter une tablette désinfectante et attendre une heure avant de boire, comme le conseille la FFRandonnée.
En cas de fièvre élevée d’apparition brutale, de grande fatigue, de douleurs musculaires ou de forts maux de tête après une sortie, l’ARS demande de consulter rapidement et de signaler au médecin les activités à risque des trois semaines précédentes. Selon Santé publique France, la maladie apparaît entre 4 et 19 jours après l’exposition.
Ce que ça change pour un traileur qui prépare la Diagonale
Sur la Diagonale des Fous, la réserve d’eau fait partie du matériel obligatoire, avec un volume minimal fixé par le règlement de l’année. Nous détaillons le sac et les contenants dans notre page sur le matériel pour la Diagonale. Mais ce minimum ne dit rien de vos besoins réels.
- Mesurez votre sudation. L’UFOLEP propose un test simple : se peser avant et après une sortie, en tenant compte de l’eau bue pendant l’effort. La température changeant le résultat, refaites le test par temps chaud et par temps frais.
- Buvez tôt et souvent. La même fiche indique que l’estomac ne peut absorber que 75 cl de liquides par heure et conseille deux grandes gorgées toutes les 15 minutes. Rattraper un retard en fin de section ne marche donc pas.
- Surveillez les signes. La FFRandonnée cite une fatigue intense et inexpliquée, la soif, parfois absente, et des urines rares et foncées. Elle estime qu’un déficit de 2 % du poids du corps fait baisser l’énergie de 20 % ; l’UFOLEP chiffre à 10 % la baisse des performances dès 1 % de poids perdu en eau.
- Calez vos gourdes sur le roadbook. Repérez l’écart entre deux points où l’on boit, en heures plutôt qu’en kilomètres, et remplissez en conséquence. Notre page nourriture et ravitaillement explique comment lire les postes de la course.
En reconnaissance, l’eau des îlets reste de l’eau brute et une ravine reste une ravine. Le calcul ne change pas : temps de marche, multiplié par le bon débit, plus une marge pour la chaleur et les montées.