Se forger un mental d’acier

Nous disposons de 9 semaines avant de prendre le départ, suffisamment pour corriger un peu la préparation, la renforcer, et lui donner un sens.
Nous avons vu la semaine dernière que la part de dénivelée est importante ; à présent il est temps de s’intéresser au parcours pour se projeter mentalement sur les sections lors des entraînements.

Départ Saint Pierre jusqu’au-dessus du parking Nez de bœuf, 40 km et 2500m+ cumulés… et un bouchon

Attention au départ ! 5 km de route qui filent sur le plat, ambiance de folie ; il faut profiter mais ne pas s’emballer. La pente s’élève jusqu’à Domaine Vidot, 1er ravito, puis 2 km après c’est l’inévitable bouchon, entre quelques secondes et … 45’ à l’aise. L’erreur à ne pas commettre est de partir vite en se disant qu’ensuite on récupèrera. Faux, celui qui opte pour cette option ne récupèrera rien du tout. Une fois le glycogène dépensé en 1h30 à 2h30 de tempo trop haut, cette réserve ne sera pas remplacée et le coureur devra se contenter de fonctionner sur une dominante de lipides (il ira alors doucement). Il est important de décider d’une stratégie pour occuper utilement ce temps ; manger, s’hydrater, se couvrir, discuter avec un ami, étudier encore le profile à venir, écouter de la musique.
La suite grimpe bien. Notre Dame de la Paix, 2è ravito, puis parking Nez de Boeuf et encore un poil après.
La gestion de cette ascension doit être prudente ; objectif garder des réserves de glycogène, entrer dans la course et garder en tête que le plus dur est bien plus loin.
Entrainement spécifique : ce que j’ai écrit la semaine dernière.

Du sommet à Cilaos, 25 km et 3300m+, altitude et descente impressionnante.

C’est parti pour de bon, première descente jusqu’au chalet des pâtres, technique au début, ne pas chercher à faire le fanfaron et épater la galerie en doublant sur la section de roche déchiquetée, votre course pourrait s’arrêter là, sur une stupide blessure. Passé ce court moment délicat, ça file jusqu’à la route, la foulée peut-être agréable. Puis qq km de route jusqu’à Mare à Boue, déjà 49 km et des jambes de feu !
La montée sur Coteau Kervegen, c’est 700m+ en 10 km ; sur le papier ça ne paye pas de mine, mais sur place il en est autrement, petite sente technique sur les rochers glissants, des trous, des appuis à l’aide des mains, des échelles, parfois de la boue, et ça monte, et le manque d’oxygène complique le tout.
Entraînement : vélo, seuil bas en trail en et en côte, de préférence technique, et idéalement un bloc en altitude 1 mois avant.
A 2300m d’altitude, c’est le plongeon sur Mare à Joseph, et là ce n’est pas de la tarte Péi, 750m- en 2 km de sentier hyper étroit, plein de virages en épingle, d’échelles et de pièges.
Entraînement : vélo, renforcement musculaire à base d’escaliers et d’allers-retours en côte technique même avec très peu de dénivelé (répéter au max les parties intéressantes).
Le reste est une petite jonction jusqu’au stade de Cilaos, ravito et base vie.

Cilaos jusqu’à Grand Place les Bas, 33 km et 2200m+, le calme avant la tempête.

Bien ravitaillés, nous attaquons par une descente ludique et sans effort jusqu’à la cascade Bras Rouge. S’en suit du relief montée descente (surtout montée, jusqu’au pied du col du Taïbit. On en fait tout un plat, mais ce n’est pas une ascension si dure ; elle ne l’est que si l’on a mal géré les km d’avant. A l’ombre la plupart du temps, avec des replats et des accalmies, elle est longuette mais passe bien, qu’on se le dise.
La descente sur Marla est chouette, étroite mais d’un pourcentage qui permet une bonne allure.
Attention à l’Euphorie depuis le pied du Taïbit.
En revanche, la suite jusqu’au col des Bœufs est exposée au soleil, au sol très inégal, avec une montée finale difficile. Soyez patients, d’autant qu’après c’est facile jusqu’à Grand Place, en passant par sentier Scout et Ilet à Bourse.
Entraînement : les longues sorties payeront sur cette section pour avoir encore de bonnes jambes et profiter de l’aubaine.

Grand Place les Bas jusqu’à Maïdo Tête Dure, 15 km et 2000m+, enfer au cœur du GRR.

C’est la partie la plus dure du Raid, car c’est raide ! 300m+ jusqu’à Grand Place les Haut, puis la bonne farce de redescendre de 400m jusqu’à Roche Ancrée ; partie non technique mais très pentue et au sol de terre bien souvent glissant (même sec).
La remontée de 700m+ jusqu’à Roche Plate est dure, pourvue de marches hautes, une simple étape avant d’attaquer la pente sévère jusqu’à la sortie du Cirque, Maïdo Tête Dure. Rien à faire, il faut sortir de là pour continuer la course. L’objectif est d’y laisser le moins de plumes possible, donc se caler su un rythme cool, patienter, se détendre autant que possible, se persuader que l’on n’est pas tout seul avec la même idée en tête !
Entraînement : les gros blocs.

Maïdo Tête Dure jusqu’au Stade de la Redoute, 51 km et 2100m+ / 3900m- , le final se gagne au mental.

Ouf, sortis de Mafate, nous retrouvons la famille et les amis pour le final tant attendu. D’abord, nous croyons descendre, et en fait non ! Pendant 5 km, le sentier en forêt de tamarins ne fait qu’alterner petite descentes et coups de cul désagréables. Pas moyen de courir tout le temps (même en tête de course). Enfin nous sortons de la forêt et ça descend pour de bon, ce qui peut vite fatiguer les cuisseaux qui courent ou qui marchent. C’est ainsi durant 13 km jusqu’à Sans Souci. Je vous souhaite de ne pas en avoir ; moi je m’étais cassé un doigt sur cette section en 2015, l’année de ma seule victoire.
Après le ravito, descente merdique jusqu’à Rivière des Galets, pentue et aux cailloux douteux, puis 2km de piste plate avant de monter le sentier de Bord qui ne présente pas plus de difficulté que d’essayer d’y courir, alternance de route et de chemin correct.
Au point haut, c’est une douce bascule jusqu’à emprunter le sentier Ratineau, un foutoir de rochers où l’on ne court pas. Il faut s’aider des mains pour s’accrocher aux arbres et franchir les obstacles comme on peut.
Entraînement : les chemins les plus pourris que vous connaissez, en les empruntant avec prudence.

Après le ravito, montée de la Kala, c’est court mais c’est très raid dans un bois plein de rochers. Ensuite, c’est un gymkhana jusqu’à descendre franchement sur la Possession. Les dalles de lave et la piste caillouteuse fatiguent les pieds.
Ravito de la Possession, il reste 21 km et 1200m+. C’est le chemin des Anglais. Vous allez les maudire ces Anglais. Il y a 3 ravines à franchir, donc ça monte 4 fois. La dernière descente sur la Grande Chaloupe est infernale tant les dalles sont en tous sens, rendant la course juste possible aux coureurs de tête. Je vous conseille d’aller y jeter un œil en rando (ne risquez pas une entorse en courant dedans).

Dernière grosse montée de 800m+ jusqu’au Colorado. Ce n’est pas difficile en soi. Après 1,5 km de montée, les dalles laissent la place à une large piste de terre, puis aux rues de Saint Bernard et enfin à un sentier étroit et inégalement pentu jusqu’au sommet. Ne pas négliger cette partie qui demande du temps, donc attention à la gestion de l’eau.
Au Colorado, il reste 4,5 km de descente très compliquée dans un sentier plein de blocs, c’est encore long, mais la délivrance est au bout, c’est gagné !

Visualiser le parcours

C’est en récoltant des infos sur des vidéos et des récits que vous étofferez votre banque de données sur le tracé. Avec mon petit topo, vous pourrez alors vous imaginer traverser l’île et ainsi gagner en confiance et adapter votre stratégie.
Lors de vos entraînements, vous pourrez penser à une ou deux sections et là encore prendre confiance et anticiper sur le plaisir du jour J.
A vous de jouer 🙂

Et toujours plus d’infos dans mon livre dédié au GRR : https://www.6666occitane.fr/fr/pratique/livres-antoine-guillon.html

Ou dans le dernier « Plaisir du Trail sans contrainte » :
https://www.6666occitane.fr/fr/le-plaisir-du-trail.html

Allez jeter un oeil ici : https://www.facebook.com/La-Saine-Assiette-102051156975515/

Cet article est signé Antoine Guillon, publié sur sa page facebook. Découvrez tous ses conseils pour le Grand Raid et le Trail en général sur son site web : https://www.6666occitane.fr/fr/livre-antoine-guillon-diagonale-des-fous-reunion.html

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